Le jour où je me suis fait virer…

Une épreuve inimaginable – au sens où si tu ne l’as pas vécue, tu ne peux pas imaginer ce que c’est.

Une telle violence.

Octobre 2014.

Tu as rendez-vous avec ton N+1 pour finaliser la mise en place de ton 4/5ème. Tu en as tellement envie de cette journée off. Pour souffler, profiter de tes enfants. Rythme de dingue. Implication maxi dans ton boulot.

Tu es confiante. A priori, il n’y a aucune raison que ça te soit refusé. À toi, qui es toujours à tes objectifs, qui est un bon petit soldat. Loyale. Corporate. Et c’est bien la première fois que tu demandes quelque chose…

À l’heure pile (fait suffisamment rare pour être souligné), ton boss t’accueille dans son bureau avec une mine de déterré.

« Bon, on ne va pas y aller par 4 chemins, j’ai une mauvaise nouvelle… ».

Vu sa tête, ce n’est pas seulement que ton 4/5ème est refusé…

Tu commences à comprendre la tournure que va prendre la conversation.

Très vite ça se confirme : on t’explique qu’il faut faire des économies. Tu coûtes trop cher à la boîte.

Ton boss assène le coup de grâce:

« Ton poste est supprimé. ».

La terre se dérobe sous tes pieds.

Au moment où tu entends ces 4 mots, ta vie s’écroule.

Ta première pensée : Mais comment je vais faire ?

Puis, très vite vient le sentiment d’injustice.

Surtout quand il te lâche :

« Je n’ai rien à te reprocher, tu le sais. Mais tu comprends, le groupe… On a tout essayé…».

Et tu repenses à tous ces « sénateurs » qui n’en foutent pas une, à ces collègues qui ne pensent qu’à flinguer la boîte, à ces autres encore qui passent plus de temps à faire de la politique qu’à bosser, à lécher les bottes du grand patron qui ne s’en rend même pas compte…

Tu es assaillie de regrets. Pourquoi être restée bien sagement à te déchirer au boulot ? Pourquoi n’avoir pas toi aussi passer ton temps dans le bureau du patron à te rendre indispensable ?…

Ah la conscience professionnelle, ça te fait une belle jambe maintenant…

Car maintenant c’est trop tard, c’est toi qui es dehors, et eux encore bien au chaud à l’intérieur.

Parce que c’est ça « être viré » : c’est être out, sur la touche, exclu, dehors, tout seul, chassé du groupe.

L’entretien continue. Tu te contiens. Tu restes digne.

Je vous passe les détails des :

« Mais tu pars quand tu veux »,

Et

« On dira ce que tu veux »…

Trop sympa.

Tu supportes.

Mais la limite commence à être atteinte.

«  C’est le moment le plus dur de ma carrière » finit par te lâcher ton boss.

T’as raison, pour moi c’est le plus fun !!!!!!

Puis il faut sortir du bureau. Remonter le couloir, vite, pour te réfugier dans ton bureau. Répit de courte durée : il faut affronter le regard de tes collègues, leurs questions.

Puis tu prends ton sac, et ton après-midi – comme te l’a suggéré ton N+1…

Quelque chose est brisé.

Mais pas toi. Il faudra du temps. Mais tu surmonteras cette épreuve.

Car, si – extrêmement – violente soit-elle, ce n’est qu’une épreuve.

Ce qui ne tue pas rend plus fort.

Tu en es l’incarnation.

Tu as pris ton envol. Tu es sortie de ta cachette. Tu débordes de projets. Et tu les réalises !

2 ans. Putain 2 ans ! Pour réaliser que la page est tournée, depuis bien longtemps déjà…

O.

 

 

2 réponses
  1. brun florence
    brun florence says:

    Cette brève m’a fait frissonner… d’autant plus que je lis en ce moment « Cadres noirs » un roman de Pierre LEMAITRE qui raconte la descente aux enfers d’un cadre qui se fait virer. (Il a aussi écrit Au revoir là-haut Prix Goncourt que je vous recommande vivement !)
    Ophélie, tu es forte ; je suis aussi convaincue que les épreuves renforcent mais il n’en faut pas trop quand même.
    Pour apprendre à voir la vie du bon côté, je vous recommande aussi « 3 kifs par jour » de Florence Servan Schreiber; j’ai adoré !
    Bravo Ophélie, continue d’écrire car il paraît que c’est très bon d’extérioriser !
    Bises à toutes !
    Florence

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